Ce début d’année est plus que calme à PSE. A dire vrai, il ne se passe rien, mis à part les suites de ma procédure en référé contre l’arrêté du préfet convoquant de nouvelles élections. Le Conseil d’Etat devrait refuser de se prononcer (non lieu à statuer, en jargon juridique), puisque la convocation des élections en novembre, qui était au cœur de cet arrêté, n’est plus d’actualité, et qu’il n’y a plus d’urgence propre à justifier une procédure en référé. Je sais que la vraie bataille juridique aura lieu quand viendra le jugement sur le fond de l’affaire, dans quelques mois. D’ici là, je ne vais pas me priver de monter le jugement du Conseil d’Etat en épingle, en le présentant comme une victoire.
Roi fainéant
Il est vrai que je n’ai que cette maigre satisfaction à me mettre sous la dent. Pour le reste, j’ai perdu la main. Je ne fais plus rien. Je n’ai pas de projet. Je suis une sorte de roi fainéant, qui n’ose plus se montrer en ville de peur de se faire conspuer ou, pire encore, se faire traiter de conseiller municipal. Ah, il va bien falloir que je fasse voter mon budget d’ici le 31 mars ! Mais ça s’annonce comme une nouvelle station de mon chemin de croix. Ce sera encore un budget de transition, juste pour alimenter la machinerie municipale qui a besoin des impôts des contribuables pour fonctionner, même si le préfet a mis sérieusement le frein sur l’ordinaire de mes dépenses. Mais rassurez-vous, il n’y aucune perspective d’investissement grandiose, ni même d’investissement minuscule puisque PSE est sans le sou et que les banques me snobent ostensiblement depuis bientôt 3 ans. La seule question de ce budget 2010, ce sera une nouvelle fois le niveau des impôts (je vais à nouveau m’arranger pour faire une annonce grandiloquente sur la baisse des impôts à PSE) et le niveau du déficit budgétaire : je finis 2009 avec un trou autour de 6 millions d'euros, qui a commencé à diminuer sérieusement à cause des vilénies du préfet qui m’empêche de dépenser à ma guise; pour bien faire, il me faudrait passer à 3 millions d'euros en 2010, mais comment y parvenir sans une nouvelle compression insupportable du train de vie municipal, si j’annonce en même temps une baisse d’impôts ?
HEC ? Polytechnique ? ENA ? Euh, non, Académie Mercure
Heureusement, dans cet océan de grisaille, s’allume la pâle lueur de l’espoir, portée par le plus énamouré de mes supporters, le chef des amis de gilbert b, ce brave Jean-François C. qui défend mordicus mes talents de « fin gestionnaire ». Voilà un homme qui a toutes les qualités et ne se prive pas de le faire savoir : il corne à son de trompe qu’il est le plus compétent, le plus intègre et le plus ardent défenseur de l’intérêt général.
Voyons dans le détail.
Le plus compétent. Notre Tartarin ne se déplace qu’avec son curriculum vitae en bandoulière. Sur les blogs, il pontifie – tout comme moi – sans pouvoir s’empêcher de renvoyer à leurs chères études les ignorants qui prétendent discuter avec lui, car eux n’ont pas fait de grandes écoles. Il oublie cependant de nous expliquer de quelle grande école il est lui-même diplômé. Il suffit de naviguer sur internet, ou notre homme aime laisser sa trace, pour comprendre qu’en fait de grande école, Jean-François C. est passé par l’Académie Mercure des affaires internationales, obscur établissement privé montpelliérain à l’intitulé rutilant mais à la côte défraichie sur le marché des diplômes. On est loin de HEC ou Polytechnique ! En outre, Jean-François C. n’omet pas de mentionner qu’il a été stagiaire à l’OMC (Organisation mondiale du commerce), sans préciser toutefois s’il a été stagiaire à la machine à café ou auprès du directeur général.
Grâce à ce parcours sans faille, notre homme a ouvert un cabinet de stratégie, non pas sur la cinquième avenue à New-York, mais à PSE. Et il nous explique ce qu’il faut (légèrement) rectifier dans la commune grâce à une équation magique digne du Prix Nobel :
« Investissements à optimiser + Dépenses à modérer + Dépenses plus prises en charge par l'Etat + Augmentation des impôts votées en Conseil + Augmentation sans raison des Impôts voulue par le Préfet + Crise des prêts bancaires = Hausse importante des Impôts » (Tartarin ne parle qu’avec des majuscules à chaque mot)
Quelle clairvoyance !
Notre homme manie la litote avec dextérité : des investissements à optimiser ? Admirez la délicatesse de l’expression, qui évite d’égratigner ma sensibilité à vif sur ce sujet sensible : en fait d’investissement, il y a au moins 5 ans que je n’en ai pas fait un seul ! Des dépenses à modérer ? Il veut sans doute parler des 97 abonnements de téléphone portable payés aux frais du contribuable, du pétrole municipal qui coule à flots ou des feux d’artifice qui en mettent plein la vue.
Des dépenses transférées par l’Etat ? Notre homme fait référence aux transferts de l’Etat aux conseils généraux et aux conseil régionaux induits par l’acte II de la décentralisation en 2003 et 2004, sans savoir qu’ils n’ont pas concerné les communes. Au contraire, les communes se sont débarrassé au début des années 2000 de certaines compétences (pompiers, contingents sociaux) vers les départements, et en ont transféré d’autres aux communautés de communes.
La crise des prêts bancaires ? Les banques ne me prêtent plus un sou depuis mai 2007, tandis que la crise bancaire a démarré le 15 septembre 2008 : elle a le dos large ! L’augmentation sans raison des impôts voulue par le préfet ? Notre stratège sait transformer le plomb en or, car lui finance les déficits que j’ai creusé sans recourir à l’impôt : il oublie seulement de donner la recette.
Du haut de ses certitudes, il balaie la contradiction sans avancer le moindre argument : oui, j’ai lu les rapports de la Cour des comptes et je reste sur mes positions !, affirme-t-il, tout fiérot. Car notre diplômé de l’Académie Mercure donne la leçon aux magistrats de la Cour des Comptes ignorants qui ne savent pas que les problèmes de PSE sont dus, eh oui, à une divergence d’interprétation de normes comptables. Dans la foulée, il porte plainte contre le préfet pour « intrusion dans le processus démocratique », une incrimination qui n’existe pas dans le code pénal, mais qu’il a inventée pour la circonstance. Ah, le brave homme !
On imagine que la clientèle internationale se précipite dans le cabinet de notre Tartarin de TarasPont !